
Dans son rapport annuel oublié ce mercredi, le Haut conseil pour le climat déplore que les premières mesures d’urgence pour redresser l’économie française n’intègrent pas suffisamment l’enjeu climatique. La France est « très loin » de tenir ses objectifs selon l’institution.
« On parle beaucoup de climat, de plus en plus, ce qui est très bien. Mais en pratique, quand on regarde ce qui s’est fait dans la dernière année, on n’a pas avancé », a déploré ce mercredi sur franceinfo Corinne Le Quéré, présidente du Haut conseil pour le climat (HCC), organisme chargé d’émettre des avis et recommandations sur la mise en œuvre des politiques de lutte contre le réchauffement climatique. « Les actions climatiques de la France ne sont pas à la hauteur des enjeux ni des objectifs qu’elle s’est donnés » relève l’institution dans son rapport annuel. La baisse de 0,9% des émissions de gaz à effet de serre en 2019 est « encore très loin des -3% (par an) attendus à partir de 2025 ».
Pour la présidente du HCC, les premières mesures d’urgence pour redresser l’économie française après la crise sanitaire n’intègrent pas suffisamment l’enjeu climatique. « Il faut insérer le plan de reprise dans les limites du climat et non l’inverse », a-t-elle résumé à l’AFP.
Les efforts de l’exécutif ont en effet été « principalement tournés vers les secteurs très émetteurs de l’automobile et de l’aviation, sans conditionnalités fermes concernant leur évolution vers une trajectoire compatible avec les objectifs climatiques », regrette la climatologue. Le gouvernement estime, lui, avoir posé des conditions, en demandant par exemple à Air France de limiter des vols intérieurs quand existe une alternative ferroviaire en moins de 2 heures 30.
Le président de la République a promis une relance écologique dans la foulée des municipales et de la fin de la Convention citoyenne pour le climat, dont il s’est engagé à reprendre 146 des 149 propositions. Mais pour l’heure, « le rythme de baisse des émissions est trop faible et les transformations structurelles ne sont engagées dans aucun des quatre secteurs » les plus émetteurs, à savoir les transports (30%), l’agriculture, le bâtiment et l’industrie (18 à 19% chacun), selon la présidente du HCC.
« Nous avons les mêmes voitures, les mêmes routes, les mêmes systèmes de chauffage et les mêmes industries », précise le Haut Conseil dans son rapport, alors que l’Allemagne voisine a par exemple fléché ses aides au secteur automobile uniquement sur les véhicules électriques. Un « signal extrêmement clair pour l’ensemble du secteur » et une façon d’éviter une « prime à la casse » qui ne servirait qu’à écouler les stocks sans permettre de s’adapter « aux enjeux à venir ». Et de citer des mesures qui peuvent être « compatibles avec les objectifs climat », comme « la rénovation énergétique des bâtiments (qui) a des bénéfices sous tous les angles et pourrait être un point fort pro-climat » de la relance.
Pour appuyer ses recommandations, le HCC a demandé à être reçu par le Conseil de défense écologique qu’Emmanuel Macron doit prochainement réunir. Et Bruno Le Maire, aux manettes de Bercy avec un périmètre élargi et centré sur la relance, s’est engagé à « envoyer » au Haut Conseil le futur plan « avant qu’il ne soit complètement fixé », a indiqué sa présidente.
Ce rapport est un « nouveau carton rouge pour Emmanuel Macron et son gouvernement », a réagi Greenpeace, pour qui le prochain budget rectificatif constituera un test de la capacité de la nouvelle équipe, notamment de la ministre de la Transition écologique Barbara Pompili, de « faire pencher la balance du bon côté » en matière de contraintes « d’éco-conditionnalité ».
Par Viviane Le Guen, France Bleu


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