Chlorpyrifos: Quelle sécurité alimentaire assure l’ONSSA aux Marocains ?

Chlorpyrifos : Quelle sécurité alimentaire assure l'ONSSA aux Marocains ?

L’interception récente des oranges marocaines destinées au marché néerlandais a remis en surface les multiples incidents inquiétants qui n’ont de cessent défrayer la chronique ces derniers temps invitant les interrogations sur la sécurité alimentaire des Marocains.

L’alerte néerlandaise sur le réseau européen pour l’alimentation humaine et animale, RASFF, à propos des résidus de chlorpyrifos, cet insecticide classé comme « très toxique » par l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA), découverts dans les oranges marocaines, rappelle celle émise par le Danemark en août 2021 et bien d’autres scandales qui en disent long sur la sécurité alimentaire ici-bas.

Alors que les Marocains n’ont pas encore oublié le cri de détresse des vétérinaires qui avaient tiré la sonnette d’alarme sur l’état des abattoirs en 2019 ou encore les résidus de pesticides découverts dans la menthe et le thé (…), ils ont eu droit à un autre scandale qui invite des questions comme : quelle sécurité alimentaire pour les Marocains ? que mangent-ils dans leurs assiettes et quelle protection phytosanitaire leur assure-t-on ?

La sécurité alimentaire vaut un post Facebook ?

Au lieu d’opter pour une communication adéquate avec l’importance du sujet, l’Office national de sécurité sanitaire des produits alimentaires (ONSSA) s’est contenté d’un post Facebook dans lequel l’office assure qu’il a mené des enquêtes de terrain juste après l’alerte émise par le RASEF.

L’Office annonce qu’il a effectué des enquêtes de terrain et des analyses de laboratoires qui lui ont permis d’identifier le champ concerné par la cargaison des oranges interceptée.

Le post Facebook de l’ONSSA nous apprend également que le RASEF a émis 952 alertes en 2021 et que le Maroc n’est concerné que par 17 d’entre elles et qu’en 2022 le Maroc n’est concerné que par une alerte sur 200.

L’office assure dans la même veine qu’il dispose d’un programme annuel de détection et de contrôle des résidus des pesticides dans les fruits et les légumes. L’Office ne vante d’avoir effectué en 2021 des analyses au laboratoire de 2300 échantillons et annonce qu’il a programmés 2500 analyses pour 2022. Et d’aller plus loin, l’office assure qu’il effectue les analyses nécessaires concernant les fruits et légumes importés.

Mais, qu’en est-il vraiment des capacités de l’ONSSA à ce niveau ?

De l’avis de beaucoup d’intervenants sur le marché des produits phytosanitaires, les contrôles de l’ONSSA restent en deçà du minimum pouvant assurer une véritable vérification des produits importés.

« L’Office n’a pas les capacités pour vérifier un pesticide importé. Les importateurs fournissent juste des études pour la forme », s’accordent à confirmer des professionnels et même des responsables de l’ONSSA sous couvert d’anonymat.

« L’office opte pour une démarche qui consiste à exiger aux importateurs et distributeurs d’apporter des attestations croisées d’approvisionnement et de fourniture du produit objet de demande d’homologation et des matières actives entrant dans sa composition. Il n’a pas les moyens de contrôler des produits comme les pesticides avant de les homologuer », confie un professionnel.

« Un laboratoire archaïque »

« Au niveau du Laboratoire Officiel d’Analyse et de Recherche Chimique (LOARC), qui représente l’État marocain, ils n’ont pas la possibilité d’aller dans les détails. Tout ce qu’ils font c’est une analyse de la teneur des matières actives, alors que nous voulons qu’ils vérifient s’il a des impuretés cancérigènes afin qu’ils puissent nous dire éventuellement si le produit peut être accepté ou pas », a déclaré le directeur exécutif de Crop Life Maroc, Boubker El Ouilani au magazine Economie Entreprises en février 2019.

Ce représentant de la filiale marocaine de ce lobby international, qui regroupe les multinationales et les entreprises du secteur de la protection des cultures et la biotechnologie végétale, avait déploré l’absence d’un laboratoire de contrôle qui suit de près la procédure d’homologation des produits phytosanitaires.

Levert.ma est allé recouper l’information à ce propos. Contactée par nos soins, une source bien informée au sein de LOARC a affirmé que les analyses effectuées par celui-ci ne portent que sur la densité de la matière active et ne peuvent en aucun cas au vu des moyens disponibles aller au-delà et analyser la propriété physique ou chimique d’un produit ni ses impuretés ».

Ce laboratoire créé en 1980 ne dispose pas du dispositif technique et des ressources humaines à même d’analyser les propriétés physiques ou chimiques des impuretés et conclure que c’est bien ou l’inverse pour la santé du consommateur.

Le pire dans tout cela, c’est que les responsables de l’ONSSA, qui n’ont pas daigné publier un communiqué en bonne et due forme pour rassurer les consommateurs marocains, n’osent pas dire la vérité et faire pression sur la tutelle pour faire les investissements nécessaires pour la sécurité alimentaire des Marocains.

A propos Houcine ABENKCER 1050 Articles
Cofondateur et rédacteur en chef du journal électronique LeVert.ma

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