
La Chine a ajouté 440 GW de capacités renouvelables en 2025, les États-Unis ont enregistré une hausse de 1,9 % de leurs émissions de CO₂ et l’Europe a consacré 337 milliards d’euros aux importations de combustibles fossiles. Pendant ce temps, l’Afrique, responsable de seulement 3 % des émissions historiques de CO₂, reste particulièrement exposée aux conséquences du dérèglement climatique. Réunis à Rimini, les États généraux de l’économie verte mettent en lumière les contradictions d’une transition devenue un enjeu majeur de puissance économique et géopolitique.
La transition écologique mondiale avance, mais ses bénéfices et ses coûts restent profondément inégalement répartis. Derrière la progression des énergies renouvelables se dessine une compétition entre grandes puissances pour le contrôle des technologies, des ressources naturelles et des marchés énergétiques. Les chiffres de 2025 présentés le 4 novembre à Rimini, lors de la deuxième journée des États généraux de l’économie verte, révèlent un paradoxe : les investissements dans les solutions bas carbone progressent, sans que la dépendance aux énergies fossiles ni les déséquilibres environnementaux mondiaux ne disparaissent.
Organisée dans le cadre du salon Ecomondo par la Fondazione per lo sviluppo sostenibile, en collaboration avec Italy for Climate, cette rencontre consacrée à « La géopolitique de la green economy : une fenêtre sur le monde » a dressé un état des lieux des trajectoires de la Chine, des États-Unis, de l’Union européenne et de l’Afrique.
Une transition énergétique qui ne remet pas encore en cause la dépendance fossile
Premier constat : la progression des énergies renouvelables ne signifie pas nécessairement un recul parallèle des combustibles fossiles. Les États-Unis en offrent une illustration particulièrement révélatrice. Malgré l’ajout de 40 GW de capacités renouvelables en 2025, leurs émissions de CO₂ ont augmenté de 1,9 %, soit la plus forte progression enregistrée à l’échelle mondiale selon les données présentées par Italy for Climate.
Le pays a également atteint une capacité de stockage énergétique de 43 GW, qui devrait doubler d’ici 2027. Pourtant, les hydrocarbures conservent une place centrale dans son économie. Premiers producteurs mondiaux de pétrole et de gaz, les États-Unis ont investi 211 milliards de dollars dans les combustibles fossiles.
Cette coexistence entre développement des technologies propres et maintien des investissements fossiles illustre les contradictions d’une transition qui ne s’accompagne pas encore d’une transformation profonde des systèmes énergétiques.
Pour Edo Ronchi, président de la Fondazione per lo sviluppo sostenibile, les élections américaines de mi-mandat pourraient néanmoins ouvrir des perspectives favorables aux politiques climatiques et contribuer à réduire « le pouvoir excessif des énergies fossiles ».
La Chine accélère dans les renouvelables, mais reste le premier émetteur mondial
La Chine présente une trajectoire différente. En 2025, ses émissions de gaz à effet de serre ont connu une stabilisation, alors que son PIB progressait de 5 %. Le pays demeure toutefois le premier émetteur mondial de CO₂, avec 27 % des émissions globales.
Son développement dans les énergies renouvelables confirme son poids croissant dans la transformation du système énergétique mondial. Avec 440 GW de nouvelles capacités installées en 2025, soit près de la moitié des capacités renouvelables ajoutées dans le monde, Pékin poursuit une électrification rapide de son économie.
Son taux d’électrification a atteint 32 % en 2025. Le pays vise désormais 35 % à l’horizon 2035, conformément à l’objectif « 35 d’ici 2035 » proposé dans le cadre de la COP31.
Cette progression s’accompagne cependant d’une pression croissante sur les ressources naturelles. La consommation de matériaux par habitant a augmenté de 35 % au cours des quinze dernières années. L’économie circulaire demeure ainsi l’un des principaux défis du modèle chinois : réduire les émissions liées à l’énergie sans déplacer la pression environnementale vers l’extraction et la consommation de matières premières.
Europe : des progrès climatiques fragilisés par la dépendance énergétique
L’Union européenne affiche un bilan de long terme plus favorable en matière de réduction des émissions. Depuis 1990, celles-ci ont diminué de 37 %, tandis que le PIB progressait de 75 %. Une évolution qui témoigne d’un découplage entre croissance économique et émissions de gaz à effet de serre.
En 2025, les énergies renouvelables ont représenté 48 % de la production électrique européenne. Les capacités installées ont doublé depuis l’Accord de Paris. La mobilité électrique poursuit également sa progression, avec une augmentation de 32 % du parc de voitures électriques. L’Europe compte désormais 27 véhicules électriques pour 1 000 habitants, contre 31 en Chine.
Mais cette dynamique montre des signes d’essoufflement. Les émissions de gaz à effet de serre ont augmenté de 1 % en 2025, marquant une deuxième année consécutive de ralentissement de leur réduction.
La dépendance énergétique constitue une autre fragilité. L’Europe a dépensé 337 milliards d’euros pour importer des combustibles fossiles. Un montant qui souligne le décalage entre les ambitions de souveraineté énergétique et la réalité des approvisionnements du continent.
La question n’est donc plus seulement de produire une électricité moins carbonée, mais également de réduire les dépendances extérieures et de renforcer les capacités industrielles nécessaires à la transition.
L’Afrique, au cœur des ressources stratégiques mais en première ligne face au climat
Le déséquilibre est encore plus marqué en Afrique. Le continent n’est responsable que de 3 % des émissions historiques de CO₂, mais pourrait subir une augmentation de 50 % de la mortalité excédentaire à l’horizon 2050 en raison des conséquences du changement climatique, selon les projections présentées à Rimini.
Cette vulnérabilité contraste avec l’importance de son patrimoine naturel et de ses ressources stratégiques. L’Afrique abrite 25 % de la biodiversité mondiale, détient 30 % des réserves mondiales de minerais critiques et concentre 60 % des meilleures ressources solaires de la planète.
Ces ressources placent le continent dans une position déterminante pour le développement des technologies bas carbone. Les minerais critiques sont indispensables à plusieurs filières industrielles de la transition énergétique, tandis que le potentiel solaire africain représente un levier considérable pour répondre aux besoins énergétiques futurs.
Mais cette richesse ne garantit pas, à elle seule, un développement économique équitable. La question de la transformation locale des matières premières, de la maîtrise technologique et de la création de valeur sur le continent demeure centrale.
Lors du deuxième Sommet africain sur le climat, le Premier ministre éthiopien et prix Nobel de la paix Abiy Ahmed Ali avait résumé cette ambition en déclarant : « Nous ne sommes pas ici pour négocier notre survie. Nous sommes ici pour concevoir la prochaine économie climatique mondiale. »
Une déclaration qui traduit la volonté de plusieurs dirigeants africains de faire évoluer la place du continent dans les négociations climatiques : passer du statut de territoire particulièrement vulnérable aux dérèglements climatiques à celui d’acteur de la nouvelle économie mondiale.
La green economy, un nouvel enjeu de souveraineté
Pour Raimondo Orsini, directeur de la Fondazione per lo sviluppo sostenibile, l’économie verte constitue une réponse aux crises contemporaines, notamment parce qu’elle peut réduire les risques climatiques et la dépendance aux importations de combustibles fossiles et de matières premières.
« Dans un monde affligé par les guerres, les inégalités sociales et les tensions géopolitiques, la green economy offre une réponse concrète », souligne-t-il.
Cette lecture place la transition écologique au-delà de sa dimension environnementale. Elle concerne désormais la sécurité énergétique, le contrôle des ressources stratégiques, la compétitivité industrielle et la capacité des États à maîtriser les technologies de demain.
Les données présentées à Rimini montrent toutefois que cette transformation ne suit pas une trajectoire commune. Les grandes puissances cherchent à consolider leurs positions économiques, tandis que les pays les plus vulnérables restent confrontés à des coûts climatiques disproportionnés.
L’enjeu est donc autant politique qu’environnemental : faire de la transition écologique un levier de transformation économique mondiale plutôt qu’un nouveau facteur de dépendance et d’inégalités.


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