
Puissant, invisible et souvent négligé, le méthane représente 30 % du réchauffement global. Le système d’alerte du PNUE a permis de localiser des milliers de fuites, mais les réponses tardent à suivre. Les experts tirent la sonnette d’alarme.
Invisible, inodore, mais redoutablement puissant : le méthane s’échappe encore trop souvent dans l’indifférence générale. Selon un rapport du Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE), près de 90 % des fuites détectées par satellite ne font l’objet d’aucune intervention. Et pourtant, ce gaz à effet de serre est 80 fois plus réchauffant que le dioxyde de carbone sur une période de vingt ans.
Un ennemi silencieux du climat
Le méthane provient surtout de trois grandes sources : le bétail, l’exploitation des énergies fossiles et la gestion des déchets. Des activités banales du quotidien ou des pratiques industrielles qui, mises bout à bout, forment une bombe climatique à retardement.
« Réduire les émissions de méthane pourrait rapidement infléchir la courbe du réchauffement climatique », rappelle Inger Andersen, directrice exécutive du PNUE. « Mais les progrès observés doivent maintenant se traduire en réductions réelles », insiste-t-elle.
Le potentiel d’action est immense : en réduisant de moitié les émissions d’origine humaine, le PNUE estime qu’on pourrait ralentir significativement le changement climatique à court terme — un levier plus efficace que bien des politiques longues et coûteuses de décarbonisation.
MARS : l’œil spatial du climat
Pour traquer ces fuites invisibles, le PNUE a lancé en 2022 un programme novateur : MARS, pour Methane Alert and Response System. Grâce à la surveillance satellitaire et à l’intelligence artificielle, ce système identifie en temps réel les émissions anormales et alerte les autorités concernées.
En trois ans, plus de 3.500 alertes ont été envoyées dans 33 pays. Une prouesse technologique, mais aussi un constat inquiétant : seulement 12 % de ces alertes ont débouché sur des mesures concrètes.
Autrement dit, les données sont là, mais les décisions manquent.
Les lenteurs de la réponse mondiale
L’Observatoire international du méthane (IMEO), rattaché au PNUE, note quelques progrès : 25 actions d’atténuation ont été recensées dans dix pays. Mais ces efforts restent marginaux face à l’ampleur du problème. Le méthane représente environ 30 % du réchauffement climatique actuel.
Et les chiffres parlent d’eux-mêmes : neuf alertes sur dix restent sans suite. Une inertie que le PNUE juge inacceptable.
Inger Andersen appelle les entreprises à rejoindre le Partenariat pour le méthane issu du pétrole et du gaz 2.0, un cadre de transparence et de coopération essentiel pour réguler le plus grand marché énergétique du monde, celui de l’Union européenne.
Des secteurs à surveiller de près
L’histoire ne s’arrête pas là. Le système MARS s’étend désormais à d’autres sources d’émissions souvent négligées : les mines de charbon, les sites d’enfouissement des déchets et même l’industrie sidérurgique.
Selon le PNUE, des solutions peu coûteuses existent déjà pour réduire le méthane lié à l’usage du charbon dans la sidérurgie. Mais elles restent largement sous-exploitées, faute de volonté politique et d’investissements ciblés.
Un signal d’alarme pour la planète
Les satellites du PNUE scrutent la Terre en continu, traquant les panaches invisibles de méthane qui s’élèvent au-dessus des champs, des puits et des usines. Mais ces signaux d’alerte, aussi précis soient-ils, ne suffisent pas à changer la donne.
Car au final, le problème n’est plus de savoir où et quand le méthane s’échappe, mais bien de savoir qui aura le courage d’agir.
La bataille contre ce gaz oublié pourrait bien être la clé pour offrir au climat un peu de répit et à l’humanité, un sursis précieux.


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