
Face à l’urgence climatique, la coopération entre l’Europe et l’Afrique est affichée comme un impératif, mais qu’en est-il réellement des engagements concrets ? Le sommet Climate Chance Europe-Afrique, organisé à Marseille, a mis en avant les priorités en matière d’adaptation et de résilience, mais les contradictions n’ont pas manqué.
Une mobilisation record, mais pour quels résultats ?
Le sommet Climate Chance Europe-Afrique 2025, co-organisé avec la Ville de Marseille, a réuni 1 500 acteurs issus de plus de 40 nationalités, selon le communiqué des organisateurs. L’importance des enjeux d’adaptation a été soulignée, mais les promesses suffisent-elles face à l’ampleur des défis ?
La déclaration des réseaux de collectivités territoriales, de peuples autochtones et d’organisations de la société civile a une nouvelle fois insisté sur l’urgence d’une mobilisation accrue pour répondre aux menaces climatiques. Pourtant, alors que le GIEC tire la sonnette d’alarme, les financements ne suivent pas.
Bien que l’Afrique soit faiblement responsable des émissions de gaz à effet de serre, le continent reste l’un des plus exposés aux risques climatiques. Pourtant, les engagements des pays industrialisés en matière d’aide restent flous et insuffisants. Les mêmes discours sont tenus, mais les actions concrètes peinent à se matérialiser.
Des financements en chute libre, une solidarité en trompe-l’œil
L’un des points d’alerte majeurs du sommet concerne la baisse drastique des aides publiques au développement. Si les discussions à Marseille ont reconnu l’importance de ces financements pour soutenir les actions locales et renforcer la résilience des populations vulnérables, aucune mesure claire n’a été actée.
Dans un contexte géopolitique marqué par d’autres priorités, notamment sécuritaires et économiques, la coopération climatique semble reléguée au second plan. Pourtant, sans financements adéquats, l’adaptation au changement climatique restera une illusion pour de nombreux territoires africains.
Un changement de discours, mais pas de cap
Selon Ronan Dantec, Président de Climate Chance : « Ce sommet marque une étape dans l’évolution des priorités de la communauté climatique. Il faut aujourd’hui marier adaptation et atténuation, être lucide sur les trajectoires de réchauffement climatique, supérieures au +2 degrés de l’accord de Paris. Engager les transitions nécessaires à cette adaptation doit aussi être l’opportunité de définir de nouvelles actions de réduction des émissions, avec constamment le souci de la cohésion sociale de nos sociétés. »
Mais cette lucidité n’est-elle pas arrivée trop tard ? Alors que les trajectoires climatiques dépassent les objectifs de l’Accord de Paris, les politiques tardent à se mettre en place et les populations les plus vulnérables continuent de payer le prix d’une inaction prolongée.
Des engagements sans garanties
À l’issue des deux journées du sommet, la Déclaration de Marseille a été adoptée. Ce document, issu d’un processus collaboratif avec les grands réseaux et organisations d’acteurs non étatiques, appelle à renforcer la coopération entre l’Afrique et l’Europe en matière d’adaptation. Mais sans engagements fermes des États, cette déclaration risque de rejoindre la longue liste des promesses non tenues.
Un Plan d’action pour l’adaptation a également été annoncé. Présenté à la Commission européenne, aux États membres et aux institutions européennes, ce document influencera-t-il réellement la nouvelle stratégie d’adaptation de l’Union européenne prévue pour 2026 ? Rien n’est moins sûr.
Coopération ou jeu d’intérêts ?
Plusieurs axes de coopération ont été identifiés, mais sont-ils suffisants ?
- Les coopérations scientifiques : certes essentielles, mais encore trop limitées et inaccessibles aux acteurs de terrain.
- Le financement de projets d’adaptation : un engagement théorique alors que les budgets diminuent.
- Le renforcement des capacités locales : mais sans ressources adéquates, comment assurer une mise en œuvre efficace ?
En conclusion, si le sommet Climate Chance Europe-Afrique de Marseille a permis de réaffirmer que l’adaptation est un pilier essentiel de la lutte contre le changement climatique, la question reste entière : ces engagements seront-ils enfin tenus ou ne sont-ils qu’un écran de fumée face à une réalité climatique de plus en plus brutale ?


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