Planète en danger : quand nourrir l’humanité détruit la nature

Photo de Elisa Stone sur Unsplash

Malgré son rôle vital dans la survie de milliards de personnes, le système alimentaire mondial reste défaillant. Il nuit à la santé humaine, fragilise les droits sociaux et contribue à la destruction de la nature. C’est le constat préoccupant dressé dans un nouveau rapport publié par le Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE) et le think tank britannique Chatham House.

Intitulé « Unlocking Sustainable Transition for Agribusiness », le rapport identifie trois verrous systémiques majeurs qui entravent la transformation durable de l’agrobusiness : le paradigme de l’alimentation bon marché, la concentration des marchés et la dépendance aux trajectoires d’investissement historiques. Il propose des pistes concrètes pour les surmonter, en amont du Sommet de Bilan +4 des Systèmes Alimentaires de l’ONU (UNFSS+4), prévu du 27 au 29 juillet et co-organisé par l’Éthiopie et l’Italie.

« Libérer le potentiel positif de l’agrobusiness est essentiel pour bâtir un système alimentaire équitable, durable et favorable à la santé », souligne Doreen Robinson, directrice adjointe de la Division des écosystèmes au PNUE.

Un système sous perfusion de subventions nuisibles

Premier verrou : la priorité accordée à la production d’aliments à bas prix, au détriment de leur impact sur l’environnement ou la santé. Cette logique de rentabilité immédiate est soutenue par des subventions et des politiques fiscales peu soucieuses des externalités négatives à long terme. Le rapport appelle à une refonte de ces mécanismes, avec des normes plus strictes, une fiscalité verte, et davantage de recherche publique pour soutenir les pratiques agricoles durables.

Des marchés dominés, des agriculteurs marginalisés

Le deuxième verrou concerne la concentration du pouvoir entre les mains de quelques géants de l’agro-industrie. Cette situation freine l’innovation, réduit la marge de manœuvre des agriculteurs et limite la diversité des modèles agricoles. Le troisième verrou, étroitement lié, est l’inertie des investissements historiques orientés depuis des décennies vers des modèles intensifs, dépendants des semences propriétaires, des produits chimiques et de solutions numériques dominées par de grandes firmes.

Un coût humain et environnemental colossal

Les chiffres sont éloquents : plus de 800 millions de personnes souffrent de la faim, près de 30 % des denrées alimentaires sont gaspillées, et les régimes alimentaires déséquilibrés sont responsables d’un décès prématuré sur cinq. Le coût caché du système alimentaire mondial – en termes de santé et d’environnement – pourrait atteindre 20 000 milliards de dollars.

Vers un modèle plus diversifié et résilient

Face à l’urgence, le rapport recommande de renforcer les incitations à préserver les sols, réduire les émissions, soutenir des régimes alimentaires sains, et favoriser des modèles agricoles moins dépendants en intrants et plus riches en savoir-faire local. Il met également en avant le rôle croissant des consommateurs et des initiatives citoyennes dans la transition.

Le PNUE appelle à une transformation radicale de l’agrobusiness pour qu’il devienne un levier de santé publique, de préservation des écosystèmes et de justice sociale.

A propos Houcine ABENKCER 1050 Articles
Cofondateur et rédacteur en chef du journal électronique LeVert.ma

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