Partenariat Vert Maroc-UE : bilan 2026 et défis du CBAM

Trois ans après sa signature, le Partenariat Vert Maroc-UE entre dans une phase décisive : 650 millions d'euros mobilisés, entrée en vigueur du CBAM, programmes Terre Verte et eau étendus. Décryptage du dialogue presse organisé par la Délégation de l'UE à Casablanca.

Maroc UE - Partenariat vert - dialogue média
Maroc UE - Partenariat vert - dialogue média

Ce matin, la Délégation de l’Union européenne (UE) au Maroc a ouvert un espace de dialogue inédit avec la presse nationale, marquant une nouvelle étape dans la transparence et la communication autour du Partenariat Vert Maroc-UE. Alors que les défis climatiques, du stress hydrique à la décarbonation industrielle, n’ont jamais été aussi pressants, cette rencontre a permis de dresser un bilan détaillé et de tracer les perspectives d’une coopération bilatérale érigée en modèle pour la région méditerranéenne. En tant que média de référence sur le développement durable depuis plus de 10 ans, Le Vert était présent pour décrypter les enjeux de cette alliance stratégique..

Un cadre politique unique et des moyens à la hauteur des ambitions

Signé en octobre 2022, le Partenariat Vert Maroc-UE dépasse le simple cadre environnemental pour devenir une véritable colonne vertébrale des relations entre Rabat et Bruxelles. Daniele Dotto, Chef de Délégation Adjoint de la Délégation de l’Union Européenne au Maroc, a d’emblée rappelé l’importance de cet accord : « Sa signature, en octobre 22, a représenté un événement historique puisque c’est le premier partenariat vert de l’Union européenne signé avec un pays tiers » .

Ce partenariat s’inscrit désormais dans un dispositif plus large : le Pacte pour la Méditerranée, adopté fin 2023. Ce nouveau concept structure la coopération euro-méditerranéenne autour de piliers cruciaux tels que la transition écologique, la sécurité énergétique et le développement humain, répondant au fait que la région se réchauffe 20 % plus vite que la moyenne mondiale.

À ce jour, le Partenariat Vert a permis de mobiliser une enveloppe conséquente. Comme l’a souligné Gaëtan DUCROUX, en charge des politiques Climat, Énergie et Environnement à la Délégation : « On a plus de 650 millions d’euros qui ont été mobilisés sur les thématiques du partenariat de destinés sur tous les outils ». Au total, ce sont plus de 7 milliards de dirhams qui ont été alloués aux différentes initiatives vertes.

CBAM 2026 : D’une contrainte réglementaire à une opportunité de compétitivité

L’un des sujets phares abordés lors de cet échange fut l’entrée en vigueur, depuis le 1er janvier 2026, de la phase définitive du Mécanisme d’Ajustement Carbone aux Frontières (CBAM). Ce mécanisme européen impose un prix carbone sur les importations de secteurs intensifs comme le ciment, l’acier, l’aluminium, les engrais, l’électricité et l’hydrogène.

Si ce dispositif suscite de nombreuses interrogations au sein du tissu industriel marocain (les TPME représentant 97% du tissu productif national), l’approche de l’UE se veut rassurante. Gaëtan DUCROUX a précisé que ce mécanisme doit être perçu comme une opportunité : « C’est avant tout une opportunité de valoriser ses efforts de transition  énergétique et de renforcer la compétitivité de ses produits sur le marché européen ». Il a ajouté que pour des produits clés comme les engrais, ceux utilisés au Maroc sont déjà moins carbonés que ceux qui sont produits par certains concurrents régionaux, offrant un avantage comparatif indéniable.

Cependant, une question cruciale demeure : Quelle part du futur revenu CBAM (estimé à 1,5 Mrd €/an d’ici 2028) sera explicitement réinvestie dans la décarbonation des partenaires Sud comme le Maroc, et selon quel mécanisme contraignant ? Si l’UE affirme que ces fonds abondent pour l’instant le budget général européen, une « décarbonation circulaire » où une partie de ces revenus reviendrait financer la transition des industries des pays sources, semble être la voie de l’équité.

Eau, Agriculture et Forêts : La résilience au cœur de l’action

Sur le front de l’adaptation, la gestion de la rareté de l’eau et la préservation de la biodiversité occupent une place centrale. Face à un stress hydrique qualifié de structurel, où la disponibilité en eau par habitant est passée de 2500 m³ en 1960 à seulement 620 m³ aujourd’hui, la riposte s’organise. Gérald AUDAZ, chef de section Économie, infrastructure et Développement Durable, a rappelé l’engagement historique de l’Europe : « Depuis 2008, on a financé avec nos banques partenaires 1,2 milliards d’euros d’investissements dans le secteur de l’eau », incluant le déploiement de 700 km de réseaux et de multiples stations d’épuration. Un nouveau grand programme en format « Équipe Europe » est d’ailleurs sur le point d’être lancé en 2026 pour soutenir la politique nationale de l’eau.

L’accompagnement des stratégies Génération Green et Forêts du Maroc 2020-2030 se matérialise à travers le programme phare « Terre Verte ». Les résultats concrets sont déjà visibles sur le terrain : 3000 hectares ont été plantés en semis direct, 4100 hectares convertis en cultures résistantes à la sécheresse, et surtout, « 26 138 emplois ont été créés dans les campagnes de reboisement  L’objectif affiché est d’inverser l’exode rural en stimulant l’entrepreneuriat vert chez les jeunes et les femmes»,  souligne Lise Paté, Cheffe de section développement social et rural.

L’économie bleue n’est pas en reste. Lucas MICKA, en charge des affaires maritimes, pêche et économie bleu à la Délégation, a détaillé l’initiative régionale (WestMED, et l’appui aux clusters maritimes marocains pour promouvoir une gouvernance durable des océans et moderniser les sites de pêche artisanale, avec des projets innovants allant de l’aquaculture à l’utilisation des déchets de poissons pour l’industrie.

En conclusion, ce dialogue transparent a permis de démontrer que le Partenariat Vert n’est pas qu’une simple déclaration diplomatique, mais un cadre d’action profondément ancré dans l’économie réelle marocaine. Comme l’a si justement fait remarquer la rédaction de LeVert au cours de l’échange, l’enjeu majeur des prochaines années sera de démocratiser ces sujets pour que le citoyen marocain puisse s’approprier ces enjeux et percevoir les bénéfices tangibles de la transition écologique au quotidien.

 

A propos Rahif SADELLAH 95 Articles
Cofondateur et Journaliste LeVert.ma .

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