Les sardines ont perdu près de 25% de leur taille en Méditerranée

Les sardines de Méditerranée ont perdu 25% de leur taille, un cas de rétrécissement d’espèce assez spectaculaire. Cela est dû à leur nourriture, qui se fait de plus en plus rare.

La sardine, l’un des poissons les plus pêchés au monde, est en train de subir un important changement physique. Depuis 2008, elle a perdu 25 % de sa taille, passant de 15 à 11 cm de long. Les poissons ont également maigri, passant de 30 à 10 grammes. La quasi-totalité des navires qui ciblait les sardines a abandonné l’activité. Il y a 13 ans, on prélevait près de 12 000 tonnes par an, aujourd’hui la chute est sévère, avec seulement 1 000 tonnes.

« On ne peut pas le vendre, on ne peut pas le mettre en boîte, le poisson n’est pas assez grand », explique Ange Morello, patron pêcheur à Sète (Hérault). Face à la sardine d’Atlantique, celle de Méditerranée ne fait plus le poids dans les marchés. Les scientifiques ont établi qu’après 2008, les sardines ne pesaient plus que 10 grammes, pour une taille de 11 centimètres. Après sept ans d’expérimentation, les chercheurs auraient trouvé le problème : le plancton, une micro algue dont elles se nourrissent exclusivement, a diminué de 15%, et il est dix fois moins gros donc moins nutritif.

Les mesures sont formelles : depuis une douzaine d’années, la taille des sardines dans le golfe du Lion en Méditerranée est passée de 15 à 11 cm et leur poids a été divisé par trois, passant de 30 à 10 grammes. Autre constat jusqu’ici inexpliqué : en Méditerranée, les sardines de plus de deux ans ont disparu.

Parmi les pistes évoquées pour expliquer cette situation, il y avait celle de la pêche, celle de prédateurs naturels : le thon ou le dauphin notamment ou celle d’un virus ou d’une bactérie. Mais ce n’est finalement rien de tout cela : c’est le plancton qui est en cause. Les sardines s’en nourrissent, or la quantité de cette micro-algue a diminué de 15% depuis dix ans dans le golfe du Lion. Les images satellite en attestent.

D’autres part, la taille de ces micro-algues s’est aussi réduite, or un plancton de petite taille nourrit moins bien les sardines. C’est ce que viennent de confirmer les chercheurs de l’Ifremer, par des expériences dans des bassins.
450 sardines ont été nourries durant sept mois par du plancton de petite taille ou de grande taille selon les groupes. Résultat : à quantité égale de nourriture les sardines grandissent et grossissent mieux avec du plancton de grande taille, elles retrouvent d’ailleurs dans ce cas, leur gabarit d’il y a dix ans, explique Jean-Marc Fromentin, chercheur Ifremer à Sète. En revanche le « petit » plancton est visiblement moins nourrissant,  elles ont besoin d’en avaler une double portion pour satisfaire leurs besoins et comme en plus les sardines dépensent plus d’énergie pour l’absorber, elles maigrissent et  leur espérance de vie diminue. Moins bien alimentées, ces sardines meurent en effet au bout de deux ans au lieu de cinq ou six ans habituellement.

La taille du plancton évolue en fonction du réchauffement climatique

L’évolution de la taille du plancton est dû à des changements environnementaux qui jouent sur la qualité du plancton : notamment la modification de la quantité de nutriments apportés par le Rhône (qui se jette dans la Méditerranée) ou l’augmentation de la température de l’eau ou encore les modifications de la circulation océanique. La mauvaise nouvelle c’est que ces dernières évolutions étant en lien avec le réchauffement climatique, elles sont donc difficilement réversibles.

Mais ce phénomène de rétrécissement ne concerne pas en revanche les sardines de l’Atlantique qui continuent d’afficher une taille de 20 cm et vivent trois fois plus longtemps.

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