
Une Italie en clair-obscur sur le chemin de la transition écologique : c’est l’image qui se dégage de la Relazione sullo Stato della Green Economy 2025, dévoilée aujourd’hui lors de l’ouverture des États Généraux de la Green Economy à Rimini. Un rendez-vous annuel devenu incontournable pour évaluer les progrès du pays en matière d’économie verte, sous l’impulsion du Consiglio Nazionale della Green Economy et de la Fondazione per lo Sviluppo Sostenibile.
Si la production d’électricité renouvelable atteint désormais 49% du mix national et que l’Italie confirme son leadership européen en économie circulaire, d’autres tendances préoccupent : émissions de gaz à effet de serre en baisse trop lente, dépendance énergétique persistante, consommation de sol toujours en hausse et retard croissant dans la mobilité électrique.
Débat de fond : l’Italie peut-elle se permettre un recul sur la transition verte ?
Pour Edo Ronchi, président de la Fondazione Sviluppo Sostenibile, la réponse est claire : faire marche arrière serait un risque économique et climatique majeur.
« L’Italie ne peut pas se permettre de revenir en arrière, au vu des bénéfices économiques du PNRR. Sans ces investissements verts, notre PIB aurait stagné voire reculé, et le déficit aurait été difficile à contenir », a-t-il souligné. « Dans un pays méditerranéen où le réchauffement avance deux fois plus vite que la moyenne mondiale, la transition énergétique est vitale ».
Un message partagé par le ministre de l’Environnement, Gilberto Pichetto Fratin, qui appelle à une approche réaliste et pragmatique, fondée sur innovation et sécurité énergétique, tout en rappelant la place de l’Italie parmi les leaders européens de l’économie circulaire.

Les chiffres clés : forces et faiblesses du modèle italien
Émissions : progrès trop lent
Baisse totale depuis 1990 : -28%
Réduction en 2024 : -2%, bien moins que l’année précédente
Objectif européen 2030 : -43%, encore 15% à réduire en six ans
2024 : année la plus chaude jamais enregistrée, plus de 3 600 événements climatiques extrêmes
Énergie : boom des renouvelables mais consommation en hausse
49% d’électricité produite via les renouvelables
+1,5% de consommation énergétique en 2024, portée par bâtiment et transport
Ralentissement des nouvelles installations au 1er semestre 2025 (-17%) après la fin du superbonus
Économie circulaire : une excellence italienne
1er en Europe pour la productivité des ressources (+32% depuis 2020)
86% de taux de recyclage des déchets
75,6% des emballages recyclés
Alerte cependant sur la crise du marché de la plastique recyclée
Mobilité : l’électrique à la traîne
701 voitures pour 1 000 habitants (record européen)
Parts des ventes électriques : 7,6%, loin de la moyenne UE (22,7%)
Parc automobile vieillissant : âge moyen 12,8 ans
Agriculture : l’essor du bio se poursuit
+2,4% de surface bio en 2024 ; +81% depuis 2014
Plus de 2,5 millions ha en agriculture biologique
Sicile, Puglia et Toscane en tête
Villes : laboratoire de transition écologique
90% des citadins exposés à des températures supérieures à 40°C en été 2024
Forte dynamique grâce aux fonds PNRR : transports propres, espaces verts, recyclage
Défi majeur : trouver de nouveaux financements après 2026
Sol : consommation toujours élevée
64,4 km² artificialisés entre 2022 et 2023 (17,6 hectares/jour)
Naples et Milan parmi les villes les plus imperméabilisées
Vers la suite : éviter le freinage vert
Alors que s’ouvre une nouvelle phase politique en Europe et que les fonds du PNRR arriveront à leur terme, les acteurs réunis à Rimini appellent à consolider les acquis et accélérer les chantiers en retard, particulièrement sur la mobilité et l’efficacité énergétique.
L’Italie a prouvé qu’elle pouvait être pionnière en économie circulaire et agriculture bio. Mais pour rester dans le peloton de tête de la transition écologique européenne, l’heure n’est pas à l’hésitation, encore moins au retour en arrière.


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