
Lors de la 62e session du SBSTA à Bonn, M. Jim Skea le président du GIEC a présenté les avancées du septième cycle d’évaluation du Groupe d’experts, insistant sur l’urgence d’agir, mais aussi sur les efforts en cours pour affiner la science du climat, de l’attribution des impacts aux moyens de dépassement temporaire des seuils critiques.
Invité à prononcer le discours inaugural de la 17e session du Dialogue sur la recherche, M. Jim Skea le président du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) a dressé un état des lieux du travail en cours dans le cadre du septième cycle d’évaluation (AR7). Face à l’urgence climatique soulignée dans ses rapports précédents, le GIEC reconnaît le paradoxe d’un rythme cyclique de production scientifique qui peut sembler lent : « Nous paraissons être l’El Niño de l’évaluation scientifique – présents tous les deux à sept ans », a-t-il ironisé.
Pour autant, les travaux sont en bonne voie. Deux premiers rapports sont déjà en chantier : un rapport spécial sur les villes et un rapport méthodologique sur les forçages climatiques de courte durée. La sortie de ces documents est prévue entre début et fin 2027. Les contributions des trois groupes de travail au rapport complet AR7 devraient commencer à paraître dès 2028, pour une synthèse finale attendue fin 2029.
Attribution, dépassement, adaptation : combler les incertitudes
M. Jim Skea a réaffirmé les bases scientifiques établies dans le dernier cycle : les activités humaines ont « sans équivoque » provoqué le réchauffement climatique. Si certaines conséquences – comme l’augmentation des extrêmes de chaleur – peuvent être attribuées avec un haut degré de confiance aux émissions anthropiques, d’autres, comme les sécheresses agricoles ou écologiques, restent moins bien comprises.
C’est pourquoi le futur rapport ira plus loin dans l’analyse des événements extrêmes à l’échelle locale, en s’appuyant sur la modélisation climatique de haute résolution, le recours à l’intelligence artificielle, et l’analyse des impacts observés. Il s’agira notamment d’évaluer si certains événements comme les cyclones tropicaux peuvent être directement liés à l’activité humaine.
Le casse-tête du seuil de 1,5 °C
Alors que l’année 2024 a atteint une température moyenne mondiale de 1,55 °C au-dessus des niveaux préindustriels, le seuil symbolique de 1,5 °C n’est pas officiellement franchi. « Il s’agit d’une moyenne sur 20 ans », a rappelé le président, tout en soulignant qu’il y a désormais 70 % de probabilité que cette moyenne dépasse 1,5 °C entre 2025 et 2029.
Cette réalité soulève un défi de communication : comment expliquer qu’un dépassement temporaire pourrait être compatible avec un retour sous le seuil, si des mesures de réduction et de captation du CO₂ à grande échelle sont mises en œuvre ? Là encore, le prochain cycle s’attellera à éclaircir les impacts potentiellement irréversibles de tels scénarios de « dépassement », notamment sur la biodiversité, les systèmes naturels, et les capacités d’adaptation.
Donner des outils pour mesurer l’adaptation
Une autre priorité du GIEC dans ce cycle : renforcer l’évaluation des mesures d’adaptation, souvent plus complexes à suivre que les efforts d’atténuation. Pour ce faire, de nouvelles lignes directrices techniques sont en cours d’élaboration afin de mieux encadrer la planification, la mise en œuvre et l’évaluation des politiques d’adaptation.
De plus, pour la première fois, le groupe de travail II consacrera un chapitre entier au financement de l’adaptation, une condition sine qua non pour renforcer la résilience des populations.
Justice climatique et développement durable
Le GIEC promet une place accrue aux questions de justice, d’équité et de transition juste dans tous les volets de l’AR7. L’accent sera mis sur les pertes et dommages subis de manière disproportionnée par les communautés vulnérables, et sur la manière de les catégoriser et de les mesurer. Le lien entre action climatique et Objectifs de développement durable (ODD) sera également approfondi, en insistant sur les synergies plus nombreuses que les compromis.
Un modèle unique de coopération scientifique
Enfin, le président du GIEC a rappelé la valeur ajoutée de l’organisation : sa capacité unique à synthétiser des milliers d’études scientifiques pour éclairer les décideurs avec un haut niveau de confiance et de rigueur méthodologique. « Chaque fraction de degré compte. Chaque option d’adaptation et d’atténuation que nous avons identifiée peut être mise en œuvre dès aujourd’hui, quel que soit le niveau de réchauffement », a-t-il conclu.
Dans un monde en proie à des crises multiples, le GIEC entend continuer à jouer son rôle de boussole scientifique, au service de l’action climatique mondiale.


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