
Economiser l’énergie n’est pas seulement bon pour l’environnement et pour le porte-monnaie, c’est également bon pour l’Economie et pour l’emploi. A moins de trois semaines de la votation fédérale sur la Stratégie énergétique 2050, c’est l’argument que Martin Patel, professeur en charge de la chaire «efficience énergétique» de l’Université de Genève, va exposer ce mercredi soir lors d’un événement qui a lieu à Genève, le quatrième Forum romand des énergies.
Le chercheur s’appuie sur l’exemple genevois: «Chaque franc investi dans le programme d’économies d’énergie des Services industriels de Genève (SIG) augmente le Produit intérieur brut (PIB) du canton de 20 centimes», détaille-t-il. A la clé, 200 emplois spécialisés dans ce domaine ont été créés entre 2009 et 2015.
Hommage à Genève
C’est justement en hommage au modèle genevois que l’organisateur du forum, l’AEE Suisse (association faîtière des acteurs et professionnels des énergies renouvelables et de l’efficience), a choisi Genève pour accueillir cette conférence-débat sur le thème «Créer de la valeur grâce à l’efficacité énergétique». Les conseillers d’Etat Antonio Hodgers et Luc Barthassat, le directeur général des SIG, Christian Brunier, et le directeur de l’Office fédéral de l’énergie, Benoît Revaz, y participent. Auparavant, l’AEE Suisse tient son assemblée générale au siège des Services industriels de Genève (SIG), au Lignon.
Pour en revenir au fond, Martin Patel prend encore le cas des SIG pour montrer que les mesures visant à réduire la consommation d’énergie sont généralement rentables. Ces dernières années, chaque kilowattheure d’électricité économisé dans le canton grâce au programme Eco21, a coûté environ 5 centimes de moins que le tarif aux consommateurs. «Par exemple, illustre le professeur, une ampoule LED coûte beaucoup moins cher que ce qu’elle vous fait économiser à terme sur votre facture d’électricité.»
«Chaque franc investi dans les économies d’énergie augmente le PIB genevois de 20 centimes»
Dans le domaine du chauffage aussi, le rapport entre le coût et l’efficacité des mesures d’économie est souvent bon. Martin Patel et ses collaborateurs sont parvenus à cette conclusion en analysant la consommation de multiples bâtiments avant et après travaux d’assainissement énergétique. «Isoler les fondations d’une maison ou d’un immeuble représente la plupart du temps des coûts négatifs, explique l’universitaire. C’est-à-dire que l’investissement consenti est moins élevé que ce que l’on économise sur ses dépenses de chauffage grâce à une telle mesure.»
Opter pour des fenêtres plus efficaces ou améliorer l’enveloppe extérieure d’un bâtiment reste relativement rentable. «En revanche, refaire sa toiture n’en vaut la peine que si vous devez de toute manière la changer pour d’autres raisons», nuance Martin Patel. De tels constats devraient permettre de mieux cibler la politique énergétique du pays. L’enjeu est de taille, puisque le chauffage représente à lui seul près de 40% de la consommation finale d’énergie en Suisse et offre le plus grand potentiel d’économies. La Stratégie énergétique 2050 prévoit de réduire de 64% l’énergie consommée pour chauffer les bâtiments, selon le scénario le plus optimiste.
Nouvel outil de décision
Les chercheurs de l’Université de Genève ont par ailleurs développé un outil servant à géolocaliser le potentiel d’économies d’énergie de chauffage dans tout le pays. En zoomant à l’échelle d’un quartier, on identifie les bâtiments les plus énergivores et on voit, par exemple, où il serait pertinent d’installer un réseau de chauffage à distance. Paradoxalement, si les villas sont plus gourmandes en termes d’énergie consommée au mètre carré, les immeubles collectifs offrent deux fois plus de potentiel d’économies, car ils représentent au total une plus grande surface de locaux chauffés.
Mais aussi éclairantes que soient toutes ces analyses, elles ne serviront pas à grand-chose si l’on n’arrive pas aussi à modifier les comportements des consommateurs: «Sinon, selon nos simulations, on n’atteindra que la moitié des objectifs de la Stratégie énergétique 2050», prévient Martin Patel.
Source: Tribune de Genève


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